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Quelques textes de Gilbert Molinier présentés par l'auteur

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Janvier 2002   De Ferry Jules à Ferry Luc ou De la dictée à l'addiction

Janvier 2003   Vers l'ébauche d'un manuel scolaire du jouir sans peine !.

Décembre 2003  De la participation de  M. Descoings à l'émission Répliques  le 26 mai 2001 : "Sciences Po . Auguste Blanqui même combat" ou "L’esclave est la vérité du maître."

Janvier 2005  Les nouveaux chiens de garde : Compte rendu du livre de C. Diamant Ecole, Terrain miné

Novembre 2005 Les damnés de la terre     

Janvier 2007  Remarques sur le Rapport sur l’enseignement de la grammaire de la maternelle au collège (Alain Bentolila) .

Octobre 2007 Sciences Po . Auguste Blanqui même combat ou L’esclave est la vérité du maître (Version revue, corrigée et approfondie)

Janvier 2008  Notes sur une réforme des programmes de Français

Juillet - Octobre 2008  Sur une prétendue opposition entre pédagogistes et antipédagogistes  ( Mai 2010)

Avril/Mai 2009 A propos de Bonheur d'école de Marc le Bris   I ) La leçon d'histoire -  II ) La leçon de psychologie - III ) La leçon de pédagogie 

Octobre 2009 Sur un texte de Nico Hirtt. Savoirs et compétences, une fausse opposition ? 

Mai 2010 Sur une prétendue opposition entre pédagogistes et antipédagogistes :  Brighelli / Meirieu ou Meirieu / Brighelli

Octobre 2011 Philippe Meirieu critique de Philippe Meirieu - A propos de la “question des compétences”

Mai 2016 Ne pas oublier de mettre le point sur le I du nom de Georges WOLINSKI  ou Plaidoyer pour l'exercice de la dictée 

Mai 2017 De l'abstention, du "moindre mal" et du vote utile... Publié le matin du 7 mai 2017 Nouveau


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Janvier 2002
   De Ferry Jules à Ferry Luc ou De la dictée à l'addiction

        Attentif aux inquiétantes progressions de l’analphabétisme et de l’illettrisme en France, Luc Ferry, longtemps président du conseil des programmes avant de devenir ministre de l’éducation nationale, entreprit de « superviser la refonte et l’écriture de nouveaux programmes, de la maternelle au collège, l’objectif étant de définir ce que devra être la ‘culture générale’ de l’honnête homme du XXIe siècle. »[1] Interrogé dans Le Point[2], il y développe un nouveau concept de dictée : la dictée à l’élève.

        Question : « Les élèves apprennent-ils encore des récitations et font-ils des dictées ? »

        Réponse : « Oui, on a récemment remis certaines formes de ‘par cœur’ au programme. Quant à la dictée, c'est un outil indispensable non seulement d'évaluation, mais aussi de formation. Je fais faire une dictée par jour à ma fille de 10 ans : elle est encore en vie et cela lui fait le plus grand bien ! »

Etrange réponse dans laquelle le Président du CNP indique que la dictée est « délocalisée » ; elle passe de l’école à la maison. En même temps, elle est « réévaluée » ; elle est investie d’un nouveau contenu conceptuel : la « dictée à l’adulte ».

Cette réponse a sans doute échappé au Directeur des programmes, en l’occurrence beaucoup moins kantien qu’il ne le croit et beaucoup plus marxiste qu’il ne le sait. Elle est d’une importance capitale. Elle témoigne d’une dévalorisation et d’une déritualisation de la dictée, d’une transformations des espaces institutionnels, d’une déligitimation du métier de professeur.

Elle exprime aussi un point de vue de classe ainsi précisé : « Pendant que mademoiselle Ferry s’épanouit dans l’excellence avec son papa en faisant une dictée par jour, les autres se consolent chaque jour de leur misère sur des consoles de jeux ; la première prise sous le charme de la diction parfaite de son papa, les autres pris dans l’enfer de l’addiction aux jeux informatiques… »


1] A. Aufray, E. Davidenkoff, Libération, 09 mai 2002.

[2] Le Point, 25 janvier 2002, N°1532, Page 55.

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Janvier 2003
 "Vers l'ébauche d'un manuel scolaire du jouir sans peine !".
 

    Il n’y a guère, le ministère de l’éducation nationale comptait un président du conseil national des programmes dans ses rangs. L’un d’entre eux, Jean-Didier Vincent, Professeur de neurobiologie, médecin et biologiste, succéda à Luc Ferry, lui-même président du CNP, lorsqu’il fut promu ministre de l’éducation nationale. En 2003, il organise un colloque sur le thème de l’ennui à l’école. Avant que les actes ne soient publiés[1], celui-ci est présenté dans une interview publiée dans Le Monde[2], ici expliqué. Venant en renfort, un confrère du Monde de l’éducation l’assure : « Ce biologiste de renommée internationale, fondateur d’une nouvelle discipline, la neuro-endocrinologie, s’est saisi des passions, du désir comme thème d’étude. »[3]

    Afin de circonscrire son objet, l’ennui ; afin d’appréhender ses sujets, élèves et professeurs, le savant -dire toujours de réputation internationale-  nous transporte dans d’étranges sphères.

    Ce si haut personnage du Ministère de la Jeunesse et de la science parle comme un enfant ! Avec lui, comme pour les enfants, tout est comme... Il dit : « C'est COMME présenter... » ; « L’ennui, [c’est] COMME une douleur… »[4] ; « l’élève […] réagit COMME un petit animal... » ; « l’élève […] apparaît COMME désanimé... » Curieuse science…

    Il ajoute des « Quand l'élève ne sait pas ce qu'est un livre, quant il n'est jamais allé dans un musée, quand l'enseignement lui paraît étranger, la rencontre avec ces objets peut provoquer de l'aversion. C'est COMME présenter un film de cow-boys à un singe : il va s'ennuyer. » En somme, Lorsqu’il aura épuisé les singes, il en viendra aux rats, c’est çacom !

     Homme de science, homme de grande culture, de grande finesse et d’élégance, il n’en est pas moins un homme politique. Cette dernière qualité l’oblige au pragmatisme. Pour les professeurs, il a trouvé un destin : « Face à des élèves en situation de décrochage, l’enseignant doit réagir et devenir la ‘prostituée du savoir’[5] en faisant de l’enseignement un objet de désir. »

    Jadis, de telles déclarations auraient provoqué un tollé général… 


[1] J.-D. Vincent, L’ennui à l’école, Albin Michel-CNDP, 2003, 124 pages.

[2] Le Monde, 13 janvier 2003.

[3] C. Bonrepaux, « L’enseignant doit savoir se vendre », in Le Monde de l’Education, ibid., « Savoir se vendre ! », janvier 2003.

[4] r> Alors ? Deux penseurs de l’école ou deux personnages de Tintin et Milou ?
Un tel charabia encensé par les médias ne fait-il pas honte à toute la profession ?

Le texte de 2008

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Octobre 2011
Philippe Meirieu critique de Philippe Meirieu
A propos de la “question des compétences”



Ces  notes sont un commentaire indirect d’une contribution de Philippe Meirieu sur la « question des compétences » parue sur le blog de Luc Cédelle, Interro écrite. Le pédagogue aime à se présenter en victime de critiques malveillants. On lui rappelle qu’il est son plus féroce contradicteur. En vrai homme politique, il est capable sans sourciller de soutenir les points de vue les plus opposés. En somme, une pensée acritique au travail.

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en matière de lutte pour l’égalité des chances.
        Ces niaiseries peuvent convaincre tout le monde, sauf son initiateur, Richard Descoings, directeur de Sciences-po. C’est au nom de la pérennisation des inégalités et du conservatisme social qu’il dit l’urgence de l’élargissement de la base sociale des élites. Richard Descoings explique avec la plus grande des pertinences que l’opération dont il fut le pionner, tend à réaliser exactement le contraire de ce qu’elle prétend atteindre : elle ne consiste en rien d’autre qu’à
a) pérenniser les inégalités sociales. « Il ne faut [pas] renoncer à la diversification des élites parce que c’est la condamnation à une mort sociale de ces élites qui est posée. […] » « Une élite professionnelle qui ne serait qu’une élite de caste a déjà signé son arrêt de mort. »

b) Empêcher toute tentative réelle de poser la question de l’égalité : « Si nos établissements d’enseignement supérieur se ferment à ce type de minorités alors ces minorités auront ou choisiront d’autres façons de vouloir exister […] sur la scène politique. »


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Janvier 2005
 "Les nouveaux chiens de garde" : Compte rendu du livre de C. Diamant 'Ecole, Terrain miné'


        Lycée expérimental, le lycée Auguste Blanqui sis à Saint-Ouen n’en finit pas de susciter des vocations critiques. En quelques années, pas moins de quatre ouvrages écrits par des professeurs  ont vu le jour. Carole Diamant, professeur de philosophie, commet un Ecole terrain miné[1]. Sans doute inspirée par le rapport Obin[2], « Le fondamentalisme religieux menace l’école républicaine », elle y expose ses angoisses nouvelles.

        Elle se fait romancière, se plaint d’être «taraudée [par] une peur comme une araignée noire qui, peu à peu, prendrait au piège l’élan et la confiance sans laquelle aucune transmission véritable n’est possible […] entre EUX et MOI ». Mais elle ne dit pas si elle est noire, velue, horrible. Pauvre bête… (Victor Hugo). Face à l’araignée noire, l’auteur se sent « misérable animalcule aux relents pascaliens d’infinie petitesse. »

        Elle se fait journaliste. Elle présente son « témoignage ». Elle examine les « caractéristiques de notre nouveau public ». Elle croit mettre en évidence, depuis trois ans, une « diversité […] des origines culturelles de notre public. », une « hétérogénéité culturelle croissante », des « identités religieuses, catholiques ou juives y compris »…

        Elle se fait comptable : «60% des élèves sont arabo-musulmans », On trouve même des « copies de philosophie émaillées de références à Allah ». « Peu à peu, les noms à consonance française se font plus rares. »… Elle peine à compter les élèves Juifs, « ils ne sont plus que cinq ou six, sur près d’un millier d’élèves. »

        Quelle est donc le contenu de cette forme politique d’arachnophobie ? Il est impossible de se tromper. Le Coran raconte que le prophète Mahomet dut sa survie à une araignée. En l’an 610, pourchassé par les Koraïchites, il dut fuir La Mecque ; une araignée qu’il eut le bon sens de suivre le mena dans une grotte bien cachée. C’est ainsi qu’il réussit à survivre pour fonder l’une des grandes religions révélées. Telle est la véritable origine de la peur de l’araignée noire, velue, horrible. L’auteur ne peut pas ne pas connaître cette légende…


        Elle sait être reconnaissante et rendre à chacun son du : «… l’Education nationale est sortie de son train-train sclérosant. Elle accomplit sa mission. » Le ministère de l’éducation nationale sut lui reconnaître ses mérites de chien de garde. Palmes académiques.
  

[1] C. Diamant, Ecole, terrain miné, Paris, Editions Liana Lévi, 2005, 123 pages.

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9 novembre 2005

Les damnés de la terre 

    Qui ne se souvient des Nuits d’été de Théophile Gautier : « Le printemps est venu ma belle / c’est le mois des amants bénis… » (« Villanelle ») ? Qui ne se souvient de « La Nuit d’octobre » d’Alfred de Musset : « C’était, il m’en souvient, par une nuit d’automne/Triste et froide, à peu près semblable à celle-ci… »

    Qui se souvient des nuits d’octobre et de novembre 2005, des milliers de voitures brûlaient ? Ecrit à chaud, en pleine effervescence, « Les damnés de la terre » fait un compte rendu politique de ces douze longues nuits illuminées de feu, tâchées de sang. Il s’explique contre les incendiaires, les vrais, ceux qui instaurèrent les zones franches, ceux qui se partagèrent le fric des marches publics d’Île-de-France, les marchands de drogue, ceux qui organisèrent la désinformation…  autant de bandits sans foi ni loi.

    Il prend parti pour les jeunes révoltés, sans réserve. Il prend parti contre ceux-là, paralysés par la trouille[1], tâcherons du concept, toujours prêts à voler au secours de ceux qui les paient, qui rattachaient leurs godasses en tremblant ; effrayés[2], incapables de fourbir ne serait-ce qu’un embryon de réflexion, les journalistes vedettes comptaient et recomptaient le nombre de voitures brûlées en s’emmêlant les doigts dans leurs calculettes ; tous les amis des grandes causes humanitaires, d’autant plus proches de la misère humaine qu’elle se trouve très loin d’eux, se retrouvaient bec cloué. Tous les m’as-tu-vu, beaux parleurs et bavards s’étaient mis en vacances universitaires. La grande peur des classes dirigeantes et de leurs valets, les prétendues élites intellectuelles…

    Pendant ce temps, soirée mondaine de novembre 2005, André Glucksmann présentait la traduction allemande de son ouvrage de métaphysique Le Bien et le Mal à Berlin…   


[1] S. Faubert, « La trouille », in France Soir, 8 novembre 2005.

[2] J.-M. Thénard, « Farce tragique », in Libération, 8 novembre 2005.

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Janvier 2007
 1-Remarques sur le Rapport sur l’enseignement de la grammaire de la maternelle au collège (Alain BENTOLILA)
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 2- Remarques sur le rapport BENTOLILA (Suite)

        A l’occasion de la remise du Rapport sur l’enseignement de la grammaire de la maternelle au collège, le ministre de l’éducation nationale adressait ses remerciements aux trois auteurs en  ces termes : « Je voudrais commencer par adresser tous mes remerciements aux trois auteurs pour leur remarquable travail. C’est un rapport concis, qui va droit au but, un rapport qui sait ce qu’il veut dire, et qui le dit avec clarté et force. » (29 novembre 2006). Une association de professeurs de lettres, SLL, publiait un communiqué intitulé Un rapport qui redonne espoir, dans lequel on pouvait lire : « Le collectif Sauver les lettres a pris connaissance avec satisfaction du rapport d’Alain Bentolila et des mesures qu’il préconise pour l’apprentissage de la grammaire, mais il doute de sa mise en oeuvre dans la situation politique actuelle. » Etc. 

       C’est un sujet d’étonnement qui ne se dément pas : la science officielle ministérielle n’a même plus la pudeur de cacher sa nullité impressionnante et elle trouve toujours des universitaires pour s’atteler à la besogne, elle trouve toujours des journalistes installés sur les crêtes de la flatterie, des syndicalistes dévoués...

        Ce rapport, s’il développe des thèses tout à fait stupides sur la grammaire, aussi bien eu égard à sa place dans la langue, à sa place dans le travail scientifique, à sa place dans un programme d’instruction pour jeunes élèves, témoigne éloquemment du niveau de bêtise sociale ambiant, du renoncement aux règles élémentaires du bon sens et de la rationalité.

        Une lecture attentive de ce rapport laisse cependant entrevoir l’objectif réel poursuivi par le ministère : il ne s’agit nullement d’introduire les élèves de l’école élémentaire ou du collège aux beautés de la langue, de leur apprendre à lire, à écrire et bien moins encore de leur apprendre à penser, mais il s’agit de mettre en place un semblant d’enseignement qui poursuive l’objectif de contrôle de la parole.


    Les deux textes supra en reprennent les thèses principales.

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Octobre 2007
"Sciences Po . Auguste Blanqui même combat" ou "L’esclave est la vérité du maître."    
Version 2003 revue, corrigée et approfondie. Une troisiéme version  est en cours .....

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Janvier 2008
 Notes sur une réforme des programmes de Français


        Dans Le voyageur et son ombre, Nietzsche écrit que « L’art d’écrire demande des procédés de remplacement pour les genres d’expression que possède seul le sujet parlant : gestes, accents, timbres, regards. Aussi, le style écrit est-il très différent du style parlé, et beaucoup plus difficile : avec de moindres moyens, il veut se faire entendre aussi bien que ce dernier. »

     C’est peu dire que les contenus des programmes de français ont subi des inflexions majeures depuis les premières décennies du siècle dernier. En quelques dizaines d’années, le travail d’apprentissage de la langue, lecture et écriture, proposé aux jeunes élèves a subi de telles régressions qu’on peut, sans outrance, parler de la programmation d’une véritable destruction de la langue. Par exemple, en matière d’apprentissage de l’écriture, on est insensiblement passé de l’apprentissage de la composition à celui de l’expression écrite ; de l’apprentissage de l’expression écrite à la production d’écrits voire à la trace écrite... 

        Ces traces écrites ne sont-elles pas l’équivalent de ce que les psychologues appellent stade du gribouillis ?


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Avril 2009
 A propos de Bonheur d'école de Marc le Bris :
20 avril 2009  : I ) La leçon d'histoire
24 avril 2009  : II ) La leçon de psychologie

NOUVEAU 28 avril 2009 : III)  La leçon de pédagogie

    De tous côtés, on affirme que deux conceptions antagoniques de l’école se livreraient à une guerre sans merci. Elle serait principalement marquée par une farouche opposition entre, d’une part, des positions dites pédagogistes dont le théoricien serait Philippe Meirieu et, d’autre part, des positions dites antipédagogistes dont les chefs de file seraient Marc Le Bris et Jean-Paul Brighelli.

    Sur le blog[1] du second on peut lire un éloge enthousiaste du dernier ouvrage du premier, Bonheur d’école[2]. Le critique a lu un livre « passionnant, et passionné » dans lequel Marc Le Bris « fait l’éloge et la démonstration de la pédagogie -la vraie pédagogie, celle qui permet la transmission des savoirs […] et non le cadavre dont les constructivistes ont fait un modèle. »  Une lecture attentive montre que, bien au contraire, et les ci-devant pédagogistes en seront pour leurs frais, cette opposition est une vraie complémentarité. Nous en présentons quelques aspects. 

    Sur le fond, Bonheur d’école présente un programme complet à l’usage des écoles primaires.

    Leçon I. Jean-Paul Brighelli écrit : « Qu’il s’agisse d’apprendre […] l’histoire de la Révolution […] cet instituteur met du cœur à l’ouvrage. » En réalité, au-delà de contresens, anachronismes, erreurs sur les faits et approximations conceptuelles aussi nombreux que graves, il convient d’inscrire  cet enseignement sur son sol pédagogique, celui d’un renoncement à considérer l’histoire comme une connaissance au profit d’un endoctrinement au monde des droits de l’homme dans sa version américaine ; sur son sol politique, celui d’un enracinement dans la tradition contre-révolutionnaire d’un Joseph de Maistre.

    Leçon II. En matière de psychologie de l’enfant, s’il ne parvient pas à fournir un début d’analyse critique des thèses des dits constructivistes sensés être les héritières de la psychologie cognitive de Jean Piaget, il en propose une autre, héritière du behaviorisme dans ses versions les plus frustres et les plus dangereuses. La transmission des connaissances est conçue comme théorie générale de l’apprentissage par mémorisation mécanique (engramme).

    Leçon III. En matière pédagogique, il consacre une place considérable à la discipline (instituteur potentat, surestimation de la valeur des notes…). En matière de transmission des disciplines, d’un point de vue quantitatif, il propose de revenir à l’école de Thiers (enseignement primaire consacré presque entièrement à la lecture, l’écriture et le calcul) ; d’un point de vue qualitatif, il préconise des méthodes d’apprentissage directement calquées sur les techniques de conditionnement par renforcement. (Skinner box) On y défend la thèse principale que toute compréhension rationnelle du monde est radicalement impossible et que l’enseignement consiste à domestiquer les élèves.  

    Jean-Paul Brighelli écrit : « C’est donc un livre empreint de ‘tradition’. » C’est vrai. Du côté de la philosophie, il s’inscrit dans celle de l’utilitarisme et du pragmatisme. Du côté de la psychologie, dans celle du comportementalisme de Skinner. Du côté de la pédagogie, on le retrouve chez Thiers. Du côté politique, on renoue avec Joseph de Maistre. 

    Jean-Paul Brighelli conclut son éloge ainsi : « Je souhaite évidemment à Bonheur d’école […] tout le succès possible.» En effet, il serait dommage qu’une telle somme passe inaperçue.



[2] M. Le Bris, Bonheur d’école, Jean-Claude Gawsewitch éditeur, 2009, 349 pages.

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Octobre 2009

Sur un texte de Nico Hirtt
Savoirs et compétences. Une fausse opposition ?

Premiers éléments de réflexion *

 

En abordant la question des « compétences » et de leur transmission scolaire dans un article récent, « L’approche par compétences : une mystification pédagogique », on saura gré à Nico Hirtt d’avoir abordé l’enseignement par un chemin peu fréquenté, celui de la soumission de l’enseignement aux injonctions de l’entreprise, et ce, d’autant plus qu’il traite la question avec sérieux, documents à l’appui, issus de multiples horizons, entreprises, OCDE, commission européenne ; de multiples aires linguistiques, France, Belgique, Hollande, Angleterre, Allemagne… Au total, un travail utile à tous.

Pour toutes ces raisons, il mérite d’être lu, au premier chef. Cependant, on peut, même à chaud, ne pas en partager tous les présupposés, le contenu, et même les conclusions.  Ici, on présente une critique d’un aspect des difficultés qu’il soumet à notre réflexion. 

A propos des élites, Nico Hirtt écrit : « Et les élites sociales continueront aussi de s’assurer que leurs propres enfants aient accès à la formation humaniste qui leur offrira la capacité de diriger le monde. » (page 14).

Il n’est pas inutile de montrer qu’une telle remarque est frappée d’optimisme et il convient d’en chercher la cause. Quant à l’optimisme, les exemples ci-dessous suffiront à en caractériser le caractère très excessif ; quant à la cause, elle tient à l’aspect très grossier de l’opposition savoirs et compétences. Il n’est pas inutile aussi de montrer que leur contenu conceptuel est si approximatif qu’ils mènent à des impasses théoriques et pratiques.

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Ces premiers éléments de réflexion, même considérés comme présentables, appellent eux-mêmes à la critique. Quelles qu’elles soient, elles sont souhaitées, attendues et seront examinées par l’auteur qui peut être joint à l’adresse suivante : molinier.g@@@free.fr

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Mai 2010

Sur une prétendue opposition entre pédagogistes et antipédagogistes


Brighelli / Meirieu ou Meirieu / Brighelli

Bien qu’elle ait encore quelque difficulté à convaincre massivement parents et professeurs, une ci-devant opposition « pédagogistes / « antipédagogiste » est en passe d’apparaître comme celle qui, de toute évidence a cassé le consensus scolaire. C’est ce que laissent accroire les meilleurs esprits. Par exemple, présentant l’œuvre de Philippe Meirieu, un philosophe évoque une «pensée pédagogique… […] dont  la variété […] porte la marque d’une puissante personnalité intellectuelle ». Récemment, une journaliste voyait dans le blog de Jean-Paul Brighelli, « l’un des plus fréquentés - et des plus pointus - sur les questions d’éducation »…
 Ici, à partir de la lecture comparative de deux ouvrages dont il est inutile de présenter les auteurs, La fabrique du crétin et L’école ou la guerre civile, nous montrons que ces éloges sont très exagérés. Si ces deux néologismes semblent délimiter deux camps, il serait excessif d’affirmer qu’ils circonscrivent deux champs. Non seulement ces deux ouvrages sont parfaitement identiques -mêmes descriptions, mêmes analyses, mêmes références culturelles, mêmes conclusions…-, mais ils ne contiennent aucune pensée sur l’école ; ils sont de part en part, acritiques. Si bien qu’il devient même difficile de les référer à une idéologie.
Se rejoignant sur ce point, l’inconsistance et l’incohérence de leur pensée, leurs ouvrages respectifs consacrent la mort du professeur en tant que transmetteur de la culture. C’était la condition de leur succès médiatique. 
A leur tour ces affirmations sont-elles exagérées ? Le lecteur jugera. Deux exemples entre cent.
Dans La fabrique du crétin, on rencontre d’étonnantes thèses de facture psychologique comme la suivante : « L’élève n’est une personne que dans la mesure où il est élève. » Puis, « Si le bébé n’est pas une personne, il n’est pas un individu -ni l’enfant, ni l’adolescent.» (page 167) Enfin, « Un élève appartient, en classe, à une communauté d’élèves. A peine s’il est un individu, même s’il reste une personne. » (page 32) N’est-ce pas « déblatérer sur ce que l’on ne connaît que par ouï-dire » ? écrit l’auteur. (page 43)
Dans L’école ou la guerre civile, on rencontre tout autant de perles comme celles-ci : « Il faut respecter cette Loi qui, elle, n’est pas discutable. » (page 144), [donc on en] « discute le contenu en classe de façon permanente. » (page 84) Et c’est le même auteur qui affirme : « Aujourd’hui, tout est mélangé et personne ne s’y retrouve : que les choses soient clarifiées une bonne fois pour toutes… » (page 164)

Alors ? Deux penseurs de l’école ou personnages de Tintin et Milou ?
Un tel charabia encensé par les médias ne fait-il pas honte à toute la profession ?
Le texte de 2008

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Octobre 2011
Philippe Meirieu critique de Philippe Meirieu
A propos de la “question des compétences”



Ces  notes sont un commentaire indirect d’une contribution de Philippe Meirieu sur la « question des compétences » parue sur le blog de Luc Cédelle, Interro écrite. Le pédagogue aime à se présenter en victime de critiques malveillants. On lui rappelle qu’il est son plus féroce contradicteur. En vrai homme politique, il est capable sans sourciller de soutenir les points de vue les plus opposés. En somme, une pensée acritique au travail.

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Mai 2016
Ne pas oublier de mettre le point sur le I du nom de Georges WOLINSKI  ou Plaidoyer pour l'exercice de la dictée


« La véritable école du Commandement est donc la culture générale. Par elle la pensée est mise à même de s’exercer avec ordre, de discerner dans les choses l’essentiel et l’accessoire, d’apercevoir les prolongements et les interférences, bref de s’élever à ce degré où les ensembles apparaissent sans préjudice des nuances. Pas un illustre capitaine qui n’eût le goût et le sentiment du patrimoine de l’esprit humain. Au fond des victoires d’Alexandre, on retrouve toujours Aristote. »
 Charles de GAULLE, président de la République française (1959-1969)
« L’autre jour, je m’amusais […] à regarder le programme du concours d’attaché d’administration. Un sadique ou un imbécile avait mis dans le programme d’interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de La Princesse de Clèves. Imaginez un peu le spectacle ! »
Nicolas SARKOZY, président de la République française (2007-2012)


Le jour de la commémoration du premier anniversaire des 11 assassinats perpétrés dans les salles de rédaction de Charlie Hebdo, on put assister à un incident collatéral si pénible que les présences du président de la République et de la maire de Paris passèrent quasiment inaperçues.
Ont-ils eux-mêmes été effrayés ? Ont-ils vu ? Il semblerait que non…
Irrévérencieux, L’Obs.fr titrait : « ‘Georges Wolinsky’ : la coquille qui fait rire le web un jour de deuil ». « La plaque commémorative inaugurée un an après la tuerie de ‘Charlie Hebdo’ comprend une faute d’orthographe à Georges Wolinski. », in L’Obs.fr, 5 janvier 2016.
On ne voit pas très bien en quoi, en ces circonstances pénibles, cette « faute gravée dans le marbre » selon le mot juste de L’Express, pouvait être une occasion de « rire ». On ne voit pas plus en quoi, en ces circonstances, on pouvait se contenter, comme dans 20 Minutes, de réduire la faute à « une erreur dans le nom de Wolinski ». Entendons, l’erreur n’est pas une erreur commise par, elle est simple erreur, comme tombée du ciel, même pas identifiée comme faute. Rien d’autre. Il n’y a donc pas plus d’auteur de l’erreur que d’erreur. ...
Lire la suite


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De l’abstention, du « moindre mal » et du vote utile…
Gilbert Molinier

Front National
1981 :    0,2% ;
2002 : 16,8% ;
2015 : 30,6% ;
2017 : 33,9% ;
                        2022 :         ?                          

De tous côtés, on enjoint à tous, communistes et insoumis en tête, de voter pour Emmanuel Macron au deuxième tour de l’élection présidentielle, le 7 juin prochain pour faire barrage à Marine Le Pen. On entend qu’il faut barrer la route du pouvoir au Front National, parti d’extrême-droite, voire d’obédience fasciste, dont on retrouve des filiations, soit dans l’Allemagne nazie des années trente, soit dans l’Italie mussolinienne des années vingt, soit dans la France pétainisme des années quarante. Lire la suite ( publié le matin du 7/5/2017)